Parents, mode d’emploi ?

Dans ma REPpublique à moi, il y a des enseignants, évidemment. Des enfants, bien sur, beaucoup d’enfants, essentiellement des enfants. Et puis des parents. Pour le meilleur, le plus drôle parfois, le plus tendre, souvent, le pire, de temps en temps.

Je ne sais pas trop par lesquels il faut que je commence sans avoir l’air de vouloir donner le ton.

Par exemple, si je commence cette chronique en vous parlant de ces parents qui, le jour de la rentrée, ont crié au scandale, squatté 1h30 le bureau de la directrice, menacé de porter plainte, promis d’emmener leur fille voir un psychiatre en urgence, nous ont accusés de maltraitance et assuré (oh non, pas ça !) que si on ne mettait pas leur fille dans la même classe que ses copines, ils la retireraient de « cet endroit ». Si je commence par eux, forcément, vous allez vous dire, elle essaie de nous expliquer que les profs n’aiment pas les parents.

Alors que pas du tout.
On les aime.
On les adore.

Surtout la maman de A. ce soir, devant l’école.
Elle était un peu énervée parce que la maîtresse venait de lui dire que son fils avait raconté aux copains que la mère de Y., elle faisait des « trucs bizarres » à des hommes qu’elle ne connaissait pas. En vrai, il a utilisé des mots un peu, non très très vulgaires, mais je ne vais pas les écrire ici.
La mère de A., quand elle a entendu ça, elle est partie au quart de tour. Pas contre son fils, pas tout de suite, non. Elle a embrayé en nous racontant par le menu, devant l’enfant, tous les détails des fameux « trucs bizarres ». Elle pensait sûrement que si on venait lui parler de ça, c’est qu’on voulait en savoir plus. Pas vraiment. Ceci dit, les autres mamans, devant la grille, ça avait l’air de les intéresser.
Bref, on lui a demandé d’arrêter, on lui a dit qu’on avait compris le principe (à peu près), mais qu’il fallait surtout qu’elle parle à son fils, qu’elle lui explique qu’on ne dit pas ce genre de choses aux copains.
La maman de A. elle a dit « Je peux pas ». Elle « peut pas, parce que si je lui explique, je vais m’énerver et je vais le taper, alors il faut pas. ».

Autre style, autre lexique, autre philosophie : la maman de F.
A 11h45, elle est venue chercher son fils.
Quand il est arrivé, elle lui a demandé de remonter chercher son cartable.
La maîtresse de F. lui a demandé pourquoi, en lui réexpliquant qu’il y avait école cet après-midi.
Avec un aplomb assez impressionnant et le regard légèrement hautain elle a rétorqué « Pas du tout madame, c’est son anniversaire aujourd’hui, il n’est pas question qu’il passe la journée à l’école ». Bouche bée la maîtresse, sa collègue (moi) avec.

Il faudrait peut-être que la maman de F. parle un peu avec la maman de M. Parce que ce soir, quand j’ai remonté le trottoir, je l’ai croisée, assise sur une marche, loin du portail. Il n’y avait pas M. avec elle alors je lui ai demandé si elle l’avait récupéré. Elle m’a répondu qu’il allait à la garderie, qu’elle attendait ici. Je lui ai dit qu’elle pouvait entrer, aller le chercher. Elle a secoué la tête et a dit « 18h30, c’est bien 18h30 ».

La liste est longue et se transforme parfois en poème.
Mais finalement, entre la maman de A., le papa de D., qui fait toujours sauter son fils dans ses bras quand il le récupère, même maintenant qu’il est au CM1, la maman de M., la maman de S., enceinte de son septième enfant, qui a promis à son seul fils qu’elle en ferait un huitième pour que, peut-être, il ait au moins un frère.
Entre toutes ces femmes, tous ces hommes et nous, il y a bien un lien, un truc qui fait qu’on ne peut pas avancer l’un sans l’autre, une sorte de nœud qu’il faut garder serré, tout en sachant parfois le laisser couler.
Ce truc, ce lien, ce nœud, ce sont les enfants, leurs enfants qu’ils nous confient et qu’on essaie, avec eux quand ils l’acceptent, de faire doucement grandir.