Allons enfants…

Je l’ai accrochée, parce qu’on me l’a demandée.
Je l’ai mise là et je l’ai regardée.
Mes yeux se sont arrêtés sur les trois mots écrits tout en haut.
Ceux de notre devise.
Les lettres sont grandes, trônent au-dessus de deux beaux drapeaux un peu froissés.
L’un porte des étoiles, l’autre les trois couleurs que l’on connaît.

J’ai observé le premier mot.
Il disait quelque chose comme le vent, celui qui souffle où ça lui chante et qui danse quand l’envie lui prend.
Il évoquait le droit d’être là, puis d’être ailleurs et de revenir encore.
Il ne parlait vraisemblablement pas de N., à qui nous avons dit « A demain » et qui n’est jamais reparue. Des valises qu’elle a dû plier plus vite encore que la fois d’avant parce qu’à son droit d’être là, on avait encore dit non. Du nouveau pays qu’elle s’apprêtait désormais à rejoindre sans savoir si, dans celui-ci, elle pourrait peut-être espérer rester.

J’ai trouvé que le deuxième sonnait bien.
Il parlait de toi, de moi, et de tous les autres.
Il parlait de nous tous en même temps, et de chacun d’entre nous aussi.
Il racontait qu’on était pareils, même si on était différents.
Il assurait que M., sa poussette qui lui sert de fauteuil, le tuyau qu’il a dans le cerveau et les mots qui sortent si difficilement de sa bouche ne faisaient pas de lui quelqu’un de différent de L., de I. et de A. aussi. Que s’il avait vraiment besoin d’une aide humaine à ses côtés, on n’aurait pas à attendre trois, quatre ou six mois qu’une commission se réunisse, n’envoie un premier courrier, un deuxième, puis un qui confirme, juste au moment où le délai pour cette année est malheureusement dépassé.

Et puis j’ai fait le point sur le troisième mot.
Je me suis éloignée, pour le lire un peu mieux.
C’est là que je les ais vus, tous.
Il y avait N., elle n’était pas encore partie.
Il y avait M., même sans son AVS.
Il y avait A., I., L., Y. et tous les autres.
Dans la cour, puis dans la classe.
V. venait de faire tomber I. Il l’aidait déjà à se relever et ils repartaient tous les deux.
M. expliquait la consigne à H., parce qu’il sait déjà lire et que H. a du mal avec les lettres.
E. tenait fort la main de M., parce qu’il la lui tendait, depuis sa poussette, garée à côté de ma chaise.
S. soufflait la suite de la poésie à I, parce qu’il séchait.

J’ai vu tout ça au-dessus des deux drapeaux dessinés.
J’aurais pu me mettre à chanter les mots qui sont écrits juste après.
Leur demander d’aller, enfants de notre petite patrie.
Que leurs jours de gloire étaient arrivés, ici dans cette école.
Je leur aurais proposé de marcher, marcher, ensemble. Encore, de continuer.
Je me serais arrêtée là, parce que de sang, de sillons et du reste, il n’en est pas question ici.

Je l’ai accrochée sur le mur vert de ma classe parce qu’on me l’a demandée.
Je l’ai mise là, elle va y rester.
Il paraît que bientôt, un grand drapeau viendra l’accompagner.
Nous, en attendant, on continue de marcher.

En son nom.

J’ai mis du temps, quelques jours, presque deux semaines.
J’ai mis du temps parce qu’il y avait quelque chose qui me gênait, dans la gorge.
Quelque chose qui agite encore mes nuits et qui me travaille régulièrement le jour.
Quelque chose qui continuera de me hanter, de nous hanter, pendant longtemps encore.

Je me suis finalement décidé à essayer de parler d’elle.
Elle, c’est C.
Je ne la connais pas, je ne l’ai jamais rencontrée, je ne sais pas à quoi elle ressemblait.
Mais je crois que je sais ce qu’elle vit, ou plutôt ce qu’elle vivait, avant de décider que ça devait s’arrêter.

C., elle est comme L. dans mon livre et dans mon école, comme A., M. et tant d’autres.
Elle court.
Elle vole même des fois, on dirait.
Elle apparaît là, puis apparaît une minute ailleurs.
Elle reçoit le Papa de E., puis répond au téléphone à la maman de I.
Elle te demande si tu as vu la veste de J., parce que sa tata ne la trouve plus.
Elle essaie de régler le conflit entre Mme S. et Mme T., les deux nouvelles maîtresses qui ont un peu de mal à co-enseigner.
Elle reçoit avec toi les parents de M., parce que la situation est compliquée et que tu as besoin d’elle, de son soutien, de sa présence.
Elle a une liste sur son bureau, sur laquelle dès qu’elle barre quelque chose qu’elle a fait, elle rajoute deux autres choses qui lui reste à faire.
Elle reçoit des mails qui annulent et remplacent les précédents, même si elle y avait déjà répondu, qu’elle les avait déjà fait suivre.
Elle essaie de leur expliquer, là-haut, que tout ne pourra pas être mis en place tout de suite maintenant, que c’est exactement le contraire de ce qu’on a demandé avant, alors qu’il va peut-être falloir un peu de temps. On lui répond que c’est une obligation. Elle acquiesce. Respectueusement.
Elle a une réunion à la mairie, la voilà de retour pour déjeuner.
Quand elle ouvre son tupperware avec ses haricots mal réchauffés, son téléphone sonne, il faut qu’elle descende, il y a un livreur qui veut une signature.
Elle remonte, s’assoit enfin, puis corrige les copies de ses élèves, parce que demain, c’est en classe qu’elle sera, enfin qu’elle essaiera, entre deux mails à transférer, deux appels reçus sur son portable personnel et deux rendez-vous qu’elle n’a pas réussi à mettre ailleurs que pendant la récré.

On dit de C., L., A et des autres qu’elles sont directrices.
Moi je dis qu’elles sont femmes à tout faire, à tout recevoir, à tout encaisser, surtout.
Elles sont nos épaules, à nous, les enseignants, à eux, les parents.
Elles sont leurs petits bras, à ceux qui sont plus hauts.
Elles sont tout ça et elles n’en peuvent plus.

Alors C., elle a jeté l’éponge, l’eau du bain et tout le reste avec.
Elle est partie.
Violemment.
Elle en a eu marre de monter une pente au bout de laquelle on n’arrêtait pas de déplacer le sommet.
Et C., elle a voulu qu’on dise pourquoi elle a fait ça.
Elle veut qu’on parle des autres C., de L. et de A..
Elle veut qu’on sache ce qu’elles sont, ce qu’elles font et ce qu’elle, C., ne fera plus, désormais.

C., elle ne veut pas qu’on salisse son nom.
Elle s’appelait Christine Renon.

#mercidirectrice

La rentrée au CP, le jour d’après.

Robert Doisneau, Enfant sage en cour de récréation, 1954.

Il y a plein de trucs dans la vie pour lesquels on se rend compte à quel point c’est dingue comme on n’oublie pas : savoir faire du vélo, par exemple, ça ne s’oublie jamais. Nager, marcher, même fumer. Quand on a arrêté, on sait toujours comment faire pour recommencer. Plein de trucs quoi.

Mais pas débuter une année en tant qu’enseignante de CP.

Ça, impossible de dire pourquoi, on oublie. Enfin si, je crois que je sais pourquoi. Le cerveau doit rejeter tout ça quelque part au fond pour te forcer à y retourner l’année d’après. Il sait que si tu t’en souviens, t’es fichu, tu voudras plus jamais y aller.

En tous cas le mien, il avait bien tout refoulé.

Alors j’y suis retournée.

Guillerette et pleine d’entrain.

Ravie de rencontrer ces petits bouts de chou à qui Papa et Maman ont seriné tout l’été qu’ils étaient grands maintenant et que les « chôses sérieuses » commençaient avec l’entrée au CP. Merci pour le coup de pression, au fait.

J’avais donc le sourire bien scotché, un tout petit peu de palpitations parce que je suis du genre angoissée, mais globalement, rien dans mon esprit ne m’aurait, ce matin-là, permis d’anticiper le déroulement de ma journée…

Parce que ce lundi là, j’ai regardé la morve de S. couler sur mon bras nu qu’elle n’a pas daigné laché à partir du moment où Maman est partie et jusqu’à la récréation. Quand elle a arrêté de pleurer, elle a réclamé un calin toutes les quatre minutes jusqu’au déjeuner.

Parce que j’ai essayé d’écouter la logorrhée de I. qui prononce toutes les consonnes de la même manière. Qu’il s’agisse d’un p, d’un t, d’un m, ou même d’un v, dans la bouche de I, ça fait « k ». Du coup, les koukins de Kaki, il m’a fallu un bout de temps pour comprendre qu’il s’agissait de ses cousins de Paris.

Parce qu’à un moment, alors que rien ne semblait en mesure de troubler la passivité de R., je l’ai vu poser les deux mains sur son derrière et se lever brusquement du banc en hurlant « J’ai caaaacaaaa ». Je n’ai pas pu m’empêcher d’hurler à mon tour « Cooooooouuuuuuurs » pour ne pas avoir à assumer les conséquences d’un eventuel ratage dans le pantalon.

Parce que l’après-midi, M. m’a regardée longuement et a fini par me demander quel âge j’avais, « à peu près mille ans, non, maîtresse ? ». Il est en effet probable qu’à cette heure là de la journée, quelques rides supplémentaires soient apparues au coin de mes yeux et au milieu de mon front.

Je suis rentrée chez moi le soir. On m’a demandé comment s’était passée ma rentrée. J’ai répondu « super » et à 21h, vautrée dans mon lit, incapable de lire plus de trois lignes du merveilleux roman qui pourtant me transportait quelques jours plus tôt sur mon transat dans le jardin, je me souviens m’être dit que quand même, ils étaient sacrément petits.

Le lendemain, je me suis concentrée. J’ai essayé de ne pas m’agacer quand E. me sollicitait toutes les 40 secondes.

  • Maîtresse regarde mon stylo bleu il écrit en bleu.
  • Maîtresse, qu’est-ce que tu fais ?
  • Maîtresse regarde ma gomme elle efface le trait que j’ai fait avec le crayon.
  • Maîtresse, ça va ?
  • Maîtresse, c’est drôle le ciseau il est tout rouge !
  • Maîtresse on va faire quoi après ?
  • Maîtresse, c’est l’heure de la cour ?

J’avoue quand même avoir, à un moment, cessé de répondre à ses nombreuses – mais au demeurant fort intéressantes – questions et m’être contentée d’un sourire un peu niais mais cordial et bienveillant. Evidemment.

Nous voilà donc, justement, à « l’heure de la cour ». La récréation. Nous avons pris la précaution de ne laisser ensemble, pendant ce temps de « repos » que les élèves les plus petits, afin d ‘éviter tout accident ou rencontre malencontreuse avec un pré-ado du CM2. Et pour cause. Voici donc nos petits CP pris de démence soudaine qui se mettent à pousser des cris perçants, les bras tendus vers l’avant, courant en faisant des ronds les uns derrière les autres, s’arrêtant juste parfois pour venir te voir et te dire « Maîtresse, il m’a poussé » et repartir avant même que tu n’aies eu le temps de lui demander qui l’a poussé et s’il est blessé.

Fin de la deuxième journée : la maîtresse est KO. Le formidable roman va commencer à prendre la poussière sur la table de chevet.

Et puis le jour d’après, on a commencé.

A apprendre, à se souvenir, à s’étonner.

On a regardé les lettres, on a dit le son qu’elles faisaient.

I. s’est souvenu que le A s’écrivait aussi comme ça et comme ça encore. Je lui ai dit qu’il se débrouillait bien sur son ardoise, il a souri et ses yeux ont pétillé.

H. a franchement galéré à trouver combien il y avait de chats sur le dessin que je lui avais donné mais quand j’ai pris des jetons et que j’ai imité le chat pour l’aider, elle s’est mise à rigoler.

N. a réussi une magnifique ligne de lettres, directement sur son cahier.

Ce matin, J. n’a pas pu compter au-delà de 4 sur la frise des nombres que je lui montrais. Mais comme hier, c’était au nombre 3 qu’il s’arrêtait, je me suis dit que ça y est, il avait déjà fait des progrès.

Je suis rentrée chez moi ce soir. On m’a dit que j’avais l’air fatiguée. Exténuée aurait été plus approprié. Mais à 22h, toujours vautrée dans mon lit, pas encore capable de me replonger en entier dans ma littérature de l’été, je me suis dit que quand même, ils étaient sacrément attachants, ces petits CP.

Le joli jardin de D.

Le jardin de l’iris à Giverny, Claude Monet

A ma collègue qui me demandait de lui expliquer les difficultés de D., je me souviens lui avoir répondu d’imaginer un beau jardin. Pas très grand, mais fleuri, avec quelques petits arbres et peut-être même une petite, toute petite mare dans un coin. Je dis peut-être parce qu’en fait, je ne sais pas bien à quoi il ressemble vraiment ce jardin, et c’est bien le problème.

Le joli jardin de D., il est encombré. Les branches des petits arbres se montent les unes sur les autres, les fleurs poussent, oui, mais les herbes folles sont plus nombreuses, plus hautes et plus odorantes. La petite mare déborde souvent, quand elle n’est pas complètement à sec. Il n’y a pas de saison dans le jardin de D., les abeilles n’y trouvent pas leur chemin et même le plus téméraire des papillons ne saurait pas où se poser tant la confusion qui y règne est immense.

Et pourtant, ai-je continué à expliquer, moi je sais que dans le jardin de D., on pourrait cultiver de bonnes choses, voir pousser de belles fleurs et même nicher de jolis oiseaux.

En attendant, c’est le bordel là-dedans alors on essaie de repousser cette branche en se disant qu’on va enfin y voir plus clair, mais il ne lui faut pas plus de trois minutes pour retomber et revenir tout obscurcir.

« D., quelles sont les lettres de ce mot ?

-m, a, c, h, i, n, e

-Oui, c’est bien, on essaie de le lire ?

D. se tord tout à coup les doigts, de vilaines grimaces apparaissent sur son visage et beaucoup de peur dans ses yeux.

– Mmmmmma

– Oui, la première syllabe, c’est ma. Tu lis la deuxième ?

– chi…

– Très bien ! La dernière maintenant ?

– ne.

– Ok, super D. On les remet ensemble ?

Les doigts se tordent à nouveau, les grimaces sont revenues et voilà les jambes qui s’agitent à leur tour. D. me regarde, secoue plusieurs fois sa tête pour dire qu’il ne sait pas, qu’il ne veut pas et je vois ses yeux s’éloigner de moi, du mot, des lettres et de tout le reste. La branche nous est retombée dessus et le rayon de soleil a disparu.

D. sait des choses, beaucoup de choses. Quand nous “questionnons le monde’’, D. a souvent le bras levé et les bons mots sortent de sa bouche, même s’ils ne sont pas dans le bon ordre. D. s’emmêle les pinceaux comme il s’amuse à emmêler ses doigts. Parce que le mot qu’il faut est comme l’abeille, il ne trouve pas son chemin dans ce jardin. Les lettres se bousculent en même temps que les idées, les sons ne sortent pas toujours très droits et la bouche se presse tellement qu’il est parfois difficile de comprendre ce qui en sort. D. sourit quand même, pousse ses lunettes sur son nez, se rassoit et se remet à tripoter ses doigts, peut-être pour les empêcher d’asticoter le voisin.

D. ne marche absolument jamais. Il court, il sautille, fait des pas chassés. Du banc jusqu’au tableau, de la classe jusqu’aux toilettes, il gigote, s’agite, saute à pieds joints. Il y en a de vilaines racines à éviter sur ton chemin D., mais fais-toi confiance, un pied devant l’autre et ça ira.

Il s’est battu D., toute l’année. Il a poussé les branches, a même réussi à en couper quelques-unes. Il a fini par accepter ce crayon qu’on demandait à ses doigts de tenir sans trop bouger. Chaque boucle refermée était une mauvaise herbe arrachée, chaque lettre formée était un arbre qui grandissait, chaque ligne respectée une fleur qu’on voyait enfin pousser.

Je suis une piètre jardinière, comme lui. Alors on a demandé de l’aide. Avec D., on a passé une petite annonce ; “Recherchons outils bien aiguisés et mains vertes pour débroussailler”. Un épais dossier nous avons rempli, avec toutes sortes de bilans dedans : ergothérapeute, orthophoniste, orthoptiste et d’autres trucs en -iste. J’aurais bien ajouté un mot du paysagiste. Maman a signé, Papa a tiqué.

On s’est quittés comme ca, D. et moi. Je lui ai dit de continuer à débroussailler et puis j’ai croisé très fort les doigts moi aussi, quitte à les emmêler.

Et puis il y a eu ce SMS, en ce jour de fin juillet : “Bonjour Madame F., je suis la maman de D., je voulais vous informer que D. aura bien une aide personnalisée pour la rentrée avec une Auxiliaire de Vie Scolaire attribuée par la MDPH. Cela lui sera d’une grande aide, je voulais encore vous remercier.”

Mes doigts j’ai dénoués et ce fut à mon tour de grimacer. Il parait que je suis moche quand je me mets à pleurer.

Jouer, ne rien imposer, encourager.

Quand la maman de E. est venue me trouver, je l’ai sentie d’entrée tout à fait désemparée. Elle ne savait pas bien comment me le demander, mais voilà, elle a fini par se lancer : quel est le cahier de vacances que je lui recommande d’acheter pour sa fille. Ma réponse a été claire, limpide, certains diront un peu catégorique : AUCUN. J’aurais pu ajouter quelque chose du genre « Foutez lui la paix », mais les termes étaient sans doute un peu mal choisis, même si l’idée était bien celle-là.

Foutez-leur la paix.

J’entends déjà gronder : l’année scolaire est trop courte, ces grandes vacances sont si longues que nos jolis chérubins vont « tout oublier ». Et vous, est-ce que, pendant vos trois semaines de coupures, en juillet, vous emportez dans vos valises un résumé des contrats en cours avec vos clients, un catalogue de toutes les références que vous avez vendues pendant l’année, une liste de vos patients, une photo de votre patron et que sais-je encore ? Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de rentrer de congés et de ne savoir absolument plus rien faire au bureau, parce que vous aviez « tout oublié » ? Non. Pour vous les vacances, c’est le repos. Et bien pour eux aussi. C’est long, oui, mais ils sont petits.

La maman de E., tout de suite, s’est justifiée. C’est elle qui réclame, a t-elle alors ajouté, en caressant la tête de sa fille, dont les yeux brillaient déjà à l’idée de coller tous ces beaux autocollants, de terminer ces longues lignes d’écriture et de relier la maman panda à son petit, c’est en page 8, je n’ai rien inventé. Bien sûr qu’elle réclame, et je la comprends. Elles sont magnifiques ces têtes de gondole dans les supermarchés, tellement colorées, que j’ai presque envie de retourner en CP moi aussi. Dans les librairies, les maisons de la presse,il y en a partout. Tellement partout qu’on se sent mauvais parent si on en n’achète pas à son enfant. Tellement jolis que les enfants finissent persuadés qu’on va finalement les faire redoubler pendant l’été s’ils ne le font pas en entier. Le marché est juteux, que personne ne s’y trompe. J’ai un truc à proposer : si on arrêtait juste de faire croire à nos enfants qu’apprendre, c’est remplir un cahier, ne pas dépasser, gommer ses erreurs et ne jamais se tromper ?

Oui mais. Si c’était la maman de D., qui était venue me trouver ? Cette maman qui ne sait plus comment l’aider, qui désespère de voir son fils entrer au CE1 sans vraiment être capable de lire plus de deux lignes sans s’épuiser ? Si elle m’avait demandé : pendant tout ce temps, sans vous, qu’est-ce que je fais ?

Je lui aurais aussi dit « Foutez-lui la paix ». Je lui aurais aussi dit de le laisser se reposer, mûrir ce qu’il avait appris cette année, profiter d’elle et de son été. Et puis je lui aurais donné le même papier qu’à la maman de E. : celui de l’abonnement à la bibliothèque du quartier. Et j’aurais ajouté, au lieu de « Foutez-lui la paix »,  un seul petit mot, bien moins agressif, mais tout aussi urgent, à l’adresse de son enfant : « Lis ».

Donnez lui des livres, des livres et encore des livres. A la librairie, fermez les yeux sur la belle table pleine de cahiers de vacances à l’entrée et continuez d’avancer. Voilà, juste un peu derrière. Laissez le choisir ici, à la bibliothèque, parmi les prospectus de la boite aux lettres, dans vos placards. Qu’il sache que la lecture n’est pas une peine, qu’elle est la clé de tout le reste, parce qu’elle est plaisir, joie, bonheur, connaissance et bien d’autres choses encore. Amusez-vous des lettres, des mots et assemblez tout ça avec lui. Non, pas derrière une table, avec le doigt sévèrement posé sur chacune des syllabes que vous lui imposez de déchiffrer, mais sur un canapé, sur une serviette de plage, les pieds dans la piscine ou dans les rayons du supermarché. Tant que vous y êtes, profitez de la plage encore pour lui confier votre porte-monnaie pour aller acheter les glaces, que ce soit lui qui cherche les bonnes pièces pour payer, demandez lui de mettre la table, pour huit personnes s’il te plait, n’oublie pas de mettre deux cuillères pour chacun. Jouez, n’imposez rien, encouragez.

Alors plutôt qu’avoir ingurgité sans bien digérer le contenu d’une année scolaire résumée dans un joli cahier tout bien coloré, R., E. et tous les autres auront passé l’été à se reposer, à s’amuser et à apprendre sans s’y forcer. Ils en redemanderont, on sera là pour s’en occuper.

Le dernier jour d’école…

Le dernier jour d’école, il y a :


– Une maîtresse, en équilibre sur un escabeau bancal, en train d’essayer de dégrafer les affichages du mur sans trop les abîmer.


– Une poignée d’irréductibles élèves, suffoquant de chaleur, mais heureux d’être là pour déranger les jeux de société et puzzles que la dite maîtresse a passé une journée à vérifier. C’est au moment où tu leur demandes de tailler tous les crayons de couleur de la classe qu’ils commencent à se demander s’ils n’auraient pas mieux fait de rester couchés.


– Une « To-do-list » magique, qui a la capacité de s’allonger toute seule au fil de la journée. A chaque fois que tu viens barrer quelque chose, il y a au moins trois autres choses qui apparaissent.


– Des réunions à s’arracher les cheveux et se crêper le chignon pour essayer de finaliser les listes d’élèves de l’année suivante, tout en sachant que tout sera à refaire à la fin de l’été, merci les déménagements et les nouveaux arrivés.


– Le site internet pour faire tes commandes de matériel qui refuse de fonctionner, on te demande presque poliment sur l’écran de réessayer, mais tu es déjà super à la bourre alors tu finis par crier sur ton ordinateur et les enfants te regardent un peu médusés.


– De – plus ou moins – jolis dessins qui s’accumulent sur le bureau de la maîtresse, réalisés par les irréductibles, bah oui, faut bien s’occuper. Tu avais mis de côté une bonne tonne de feuilles de papier à réutiliser, ils en ont déjà descendu les deux tiers. Heureusement que GreenPeace n’a pas prévu de passer aujourd’hui.


– Le repas de fin d’année, pour la pause déjeuner, avec tes collègues et les nouveaux nommés. Tu découvres la remplaçante que tu n’as pas vue de l’année, normal, elle était en arrêt. Personne n’est d’accord sur le menu, Muriel Robin va encore se pointer pour l’addition, on va bien se marrer.


– Les cadeaux des enfants, pour te remercier. Tu vas pouvoir peaufiner ta collection de mugs (oh, eh, j’en ai eu un qui change de couleur quand on met quelque chose de chaud dedans !).


– Les cadeaux que les parents ont tenu à venir te remettre en mains propres : comme cette croûte récupérée dans un vide-grenier qui semble représenter une plage, à moins que ce ne soit le désert (?!) et cette cage à bougies du plus bel effet. Tu dis merci, qu’il ne fallait pas – vraiment pas, et tu cherches un endroit où les planquer.


– Et puis il y a les au-revoir, quelques fois mêmes les adieux. Des qui font mal, qui serrent le cœur et qui piquent les yeux. Des qui sont doux, avec un petit bisou, et surtout des qui rendent joyeux quand on s’aperçoit que pendant ces quelques mois, là, avec eux, on a été heureux.

Bref, je les ai fait marcher.

En règle générale, c’est dans le bus que les choses sérieuses commencent réellement. Au bout de dix, parfois seulement cinq minutes, quand le teint de M. tourne au très pâle, que les yeux de R. se mettent à tourner dans le mauvais sens et que tu as juste le temps de te dédoubler pour leur apporter à chacun un sac en plastique que, cette fois, tu avais pensé à emmener. Le premier vomi sorti, tu peux tranquillement déclarer la sortie de fin d’année officiellement entamée. C’est comme couper un ruban rouge, mais avec des grumeaux et l’odeur en plus.

Alors ensuite tu les comptes quand ils descendent du bus, juste pour être sûre qu’il n’y en a pas un qui s’est endormi dans le vomi du copain. Tu leur visses les casquettes sur la tête, vas récupérer le sac de pique nique que L. a oublié à l’intérieur, demande à M. pourquoi elle est venue en sandales alors que tu lui avais bien expliqué qu’aujourd’hui, on allait marcher et te voilà quasiment prête à leur demander de te suivre, où tu iras ils iront, pas fidèles et carrément pas à l’ombre.

Le problème, c’est quand la randonnée que tu as prévue commence par une bonne centaine de mètres sur la route, forcément avec des virages, forcément carrément dangereux. Tu flippes parce que ni R., ni T. et encore moins O. ne comprennent précisément le concept de « rester en file indienne sur le côté ». Du coup, tu prends les choses en main, les bras tendus au max du max, tu marches à pas chassés, faudra te passer sur le corps d’abord pour espérer les renverser.

Ta collègue qui mène le cortège marche évidemment beaucoup trop vite. Toi, tu t’es postée au fond, avec les escargots, les turbulents qu’on t’a envoyés en cours de balade, les pas contents et M., ses sandales et les cailloux qui se coincent à l’intérieur. P. te demande toutes les 45 secondes à peu près si on peut s’arrêter pour boire. A. te fait bien comprendre, en soufflant avec beaucoup de bruit, que franchement, il est épuisé et que s’il avait su, il serait pas venu. Tu regrettes bien fortement toi aussi qu’il n’ait pas su.

La randonnée avance et de mauvaises pensées t’envahissent insidieusement. En oublier un, assurer à cet autre qu’il faut tourner là et partir en courant, rajouter quelques pierres dans le sac à dos de celui-là, ça lui passera peut-être l’envie de chanter du Soprano en boucle depuis une heure, dessiner une fleur sur le bras de celle-ci avec la crème solaire, sa mère trouvera sûrement ça très classe.

Alors tu regardes ta montre et tu respires tout à coup beaucoup mieux. Selon le petit dépliant de la randonnée, on devrait arriver dans dix minutes. C’est passé vite finalement. La collègue de devant s’arrête alors et hurle « Pause, on est à mi-chemin » et tu sens tes jambes défaillir, si tu simules un malaise, tu finiras peut-être le trajet sur les épaules du joli remplaçant, là juste devant.

Le dos plein de sueur, les mains grises de la terre qu’ils ont grattée à chacune de leur chute, le visage meurtri par tant de souffrance imposée à de si petits êtres en une matinée, les voilà arrivés et prêts à pique-niquer. Après le ruban rouge, on est là dans le vif de la sortie de fin d’année. Grosse déception cette année, avec seulement un hamburger froid de chez Mac Do et son paquet de frites tout aussi froides, mais quand même un peu réchauffées quand elles se sont une à une renversées dans le sac à dos pendant la randonnée. Il a quand même fallu suggérer à A. de commencer par le sandwich avant de manger la pomme, mais là-dessus, ne soyons pas fermés d’esprit. Pour sûr, aucun d’entre eux n’avait encore une seule goutte d’eau dans sa bouteille, la cohue autour du robinet a donc eu lieu. Pas de blessé, quand je vous dis qu’on est sur un cru assez exceptionnel.

Ensuite, le village il a fallu visiter. Avancer, s’arrêter, écouter la guide expliquer comment cette magnifique voûte a été construite, pourquoi cette pierre a une couleur différente des autres. Trouver ça quand même super intéressant et tout à coup regarder le groupe d’enfants et constater que trois sont allongés au milieu de la ruelle, deux affalés contre la porte du restaurant, trois autres jouent à trappe trappe sur la place derrière toi et le reste de la bande, en grande partie non francophone, regardent avec les yeux écarquillés la dame, pourtant très enthousiaste, comme s’ils la suppliaient d’arrêter.

Il est 16h et quand tu vois le bus du retour entrer sur le parking, tes yeux à toi pétillent à nouveau. C’est fini, tu vas rentrer. Dans moins de deux heures, sous ta douche, tout ceci sera oublié. Alors une fois que tu les as comptés, regrettant presque de ne pas en avoir oublié – j’ai dit presque – tu les brieffes en leur demandant de profiter du retour pour se reposer et tu leur proposes même un grand jeu : et si on chuchotait ? Le jeu le plus pourri du monde, te répondent-ils avec leurs têtes pourtant fatiguées et le volume augmente, augmente, jusqu’à ce que le bus, en plein milieu de la route s’arrête. Silence complet. Le chauffeur se tourne vers toi et tes collègues, lève les deux mains sur les côtés. Désolé. En panne. Il va falloir qu’un autre bus vienne vous chercher.

Il est 18h, ta douche a été l’une des meilleures de ta vie. Tu te poses sur ton canapé, demande à tes enfants de s’approcher. Sur ton téléphone, tu leur montres les photos que tu as prises aujourd’hui, la randonnée, le pique-nique, les chansons qu’on a chantées. Ton plus jeune fils te dit « Maman, vous avez l’air de vous être vraiment régalés ! ».

Tu le regardes et tu sais que ce qu’il dit est vrai.

Les mots qu’il faut

Il y a un jour où je m’étais promis de les compter. Les décousus, les murmurés, les collectifs, les spontanés. Je me suis retrouvée forcée d’abandonner.

D’abord parce qu’ils sont nombreux. Pas trop nombreux, ça jamais. Mais fréquents, ça oui. Une feuille photocopiée posée sur la table. Le mot oui donné en réponse à n’importe quelle question et les voilà qui arrivent juste derrière. Un compliment sur le nouveau manteau, le serre-tête licorne, ou les lacets faits tout seul et ils resurgissent comme s’ils attendaient juste là, au bout des lèvres, d’avoir le droit de sortir, quitte à se répéter.

Ensuite parce qu’il y en a qui sont automatiques, qui sortent sans réfléchir, et qui perdent peut-être parfois un peu de leur sens.

Aussi parce que d’autres se font attendre.

Enfin parce que certains sont si sincères qu’ils n’ont pas à être comptés.

Quoi qu’il en soit, ces deux petits mots ont tant d’importance pour moi, tant de résonance dans mon quotidien que je les ai choisis pour donner un titre à un livre, et un nom à un blog.

Ils rythment tant mes journées qu’ils ont le méga-pouvoir de me faire oublier les décibels de la récré, les poux que j’ai vu sauter dans la tête de S. toute la journée, les pleurs de H. quand M. n’a plus voulu jouer avec elle, le cahier de D. sur lequel je désespère de voir des mots écrits à l’horizontale, le poème de J. pour L., qu’elle n’a pas daigné regarder, et qu’il avait pourtant mis tant de temps à recopier et illustrer, le coup de fil de l’éducateur au sujet de papa de S. qui va bientôt être libéré, le dossier de 25 pages que j’ai passé deux mois à rassembler et rédiger, pour essayer d’obtenir une AVS pour D., la maman de I.  qui, devant le portail de l’école m’a demandé si j’attendais une fille ou un garçon, en reluquant le gras du bide dont je peine à me débarrasser, la grosse fatigue en rentrant de mes journées.

Ces deux petits mots ont ces pouvoirs-là, oui, et bien d’autres que j’oublie.

Merci, Maîtresse, surtout, dites lui !

Ce qu’on vient juste de leur donner

Dans ma REPpublique à moi, on regarde arriver les enfants. D’où qu’ils viennent, le portail leur est ouvert. On leur offre une petite table, une chaise parfois bancale, quelques crayons et des sourires. Et puis parfois, on s’apprête à les regarder partir, sans qu’ils ne sachent eux-mêmes où ils échoueront.

Il a posé ses deux mains sur les joues de son petit frère. Il les a posées là et il a approché le petit visage pour l’embrasser, fort, sur ces joues roses. Ils étaient devant le portail de l’école. O. avait le dos contre le mur. Sa sœur, M. était juste à côté. Aujourd’hui, comme depuis quelques jours, c’est le grand frère, dont je ne connais pas le prénom, qui vient les chercher au moment du repas, et les ramène ensuite.

Quand nous avons quitté cette table en plein soleil autour de laquelle nous avons bu un café avant de redémarrer la journée, on les a vus, tous les trois, sortir de l’hôtel. Le grand frère tenait le plus petit par les épaules, la fille suivait.

Lundi, c’est nous qui sommes entrés dans ce hall d’hôtel. Nous avions raccompagné O. et M. Personne n’était venu les chercher. La réceptionniste a téléphoné dans la chambre et a réveillé le grand frère, qui ne savait pas qu’on avait changé d’heure. Papa n’est pas là. Il a trouvé un petit travail. Il fait la plonge, contre quelques billets. C’est ce qu’on comprend quand O. nous raconte, en mélangeant l’anglais qu’il sans doute appris sur la route, l’allemand qu’il a picoré pendant ces quelques mois là-bas, le serbe, sa langue d’origine, et les quelques mots de français qu’il a déjà réussi à enregistrer. O. nous l’a expliqué dans la matinée, quand on a voulu, comme les autres jours, lui donner quelques gâteaux pour compenser le petit déjeuner qu’il n’avait encore pas pris. « Aujourd’hui, non merci, mangé, oui, Papa argent, c’est bon maîtresse ».

Maman n’est plus là. Depuis longtemps, depuis avant. Maman, on la leur a pris, là-bas, dans leur pays. Comme on leur reprend aujourd’hui ce qu’on vient tout juste de leur donner.

Maintenant, ils sont là, devant le portail. Ils se parlent, se promettent de se retrouver là ce soir, sûrement. Je ne connais pas leur langue, je ne sais rien de ce qu’ils peuvent se dire et ressentir, là maintenant. Peut-être que les petits assurent au plus grand qu’ils seront sages, qu’ils apprendront et qu’ils n’y penseront pas, au moins pendant quelques heures. Peut-être que le plus grand rassure les plus petits, leur dit de ne pas s’inquiéter, que Papa va trouver une solution, qu’il leur reste trois jours pour ça. Trois petits jours, trois petites nuits.

Lundi, à 12h, ils devront, tous les quatre, avec Papa, avoir quitté la chambre d’hôtel que l’association leur payait depuis quelques semaines. Quitter la chambre, rendre les clés et s’en aller. S’en aller où ? Papa a protesté, a supplié, a expliqué qu’il n’avait même pas de valise pour y mettre les vêtements qu’on leur a donnés. L’association est désolée. Leur dossier n’est pas recevable. Déboutés ici, déboutés ailleurs. Même pas reconduits, même pas remerciés. Il doit y avoir une case qu’ils pourront cocher, il y a forcément une ligne qu’ils pourront remplir, un dossier qu’ils pourront déposer. N’importe quoi pour ne pas que nous ayons, lundi, à les regarder sortir une nouvelle fois de ce hall d’hôtel, avec de grands sacs noirs faisant office de valises et la rue comme seule destination. Pour ne pas que nous les regardions partir, les bras ballants et le cœur retourné.

Entre nous tous.

Dans ma REPpublique à moi, on entend les bruits de dehors. On entend aussi les bruits des autres REPpubliques. Ils ressemblent aux notres, souvent. Certains n’en sont même que les échos.

Je ne le connais pas, Jean. Je ne sais rien de son histoire. Presque rien des détails qui l’ont amené si loin. Mais je le comprends. Je crois même que je peux ressentir assez exactement ce qu’il a ressenti, ce jour là, et les jours qui ont suivi.

Hier, quelques heures à peine avant que je lise ce qui était arrivé à Jean Willot, E. a décidé de descendre les escaliers sur les fesses, pour aller en récréation. Il était à l’arrière du groupe, alors on ne l’a pas vu tout de suite. C’est quand Y. a trébuché sur lui et a failli taper la tête sur les marches qu’on a réalisé.

Mon collègue a demandé des explications à E. qui ne lui en a évidemment pas données. Le maître a haussé un peu le ton. Toujours rien. Un peu plus fort. Il a exigé de E. qu’il présente des excuses à Y. E. a beaucoup pleuré. Il a fini par s’excuser.

Et après ? Et quand E. est rentré chez lui ? Qu’a t-il raconté à ses parents ?Comment Maman a t-elle entendu les pleurs que son enfant lui a racontés ?Comment Papa a t-il compris la colère du maître que E. a décrite ?

Les parents de E. ont entendu, compris et approuvé. Les parents de E. ont expliqué, eux aussi, à leur fils qu’il devait se comporter autrement, penser aux autres, ne pas se mettre en danger, ne pas blesser ses camarades.

Et le fleuve de ma REPpublique a continué à couler – presque – tranquillement.

Cela n’a pas été le cas pour lui. Pour cet enseignant, là-bas. Son fleuve a cessé de couler. Un immense barrage s’est dressé. Qu’il n’a pas réussi à surmonter . Il a préféré abandonner le navire, ou plutôt le radeau sur lequel il avait vogué déjà tant d’années.

Je ne sais pas exactement ce que son E. à lui avait fait. On me parle ici aussi d’escaliers. Le hasard n’en est pas un. On me parle ici aussi de voix levée . Ici encore de bras tiré. Le mot violence est prononcé. Intolérable, évidemment, inacceptable, si elle a existé.

Je ne vois nulle part le mot dialogue.

Je ne vois plus le mot confiance.

Ce petit mot que certains aiment tellement utiliser, nous concernant. Parce que c’est bien de ça dont il s’agit. L’école de la confiance, oui. Du dialogue. Du respect.

Entre nous tous.

Soutien à la famille de Jean Willot, à ses collègues et à ses élèves.

Anouk F.