Chroniques

Parents, mode d’emploi ?

Dans ma REPpublique à moi, il y a des enseignants, évidemment. Des enfants, bien sur, beaucoup d’enfants, essentiellement des enfants. Et puis des parents. Pour le meilleur, le plus drôle parfois, le plus tendre, souvent, le pire, de temps en temps.

Je ne sais pas trop par lesquels il faut que je commence sans avoir l’air de vouloir donner le ton.

Par exemple, si je commence cette chronique en vous parlant de ces parents qui, le jour de la rentrée, ont crié au scandale, squatté 1h30 le bureau de la directrice, menacé de porter plainte, promis d’emmener leur fille voir un psychiatre en urgence, nous ont accusés de maltraitance et assuré (oh non, pas ça !) que si on ne mettait pas leur fille dans la même classe que ses copines, ils la retireraient de « cet endroit ». Si je commence par eux, forcément, vous allez vous dire, elle essaie de nous expliquer que les profs n’aiment pas les parents.

Alors que pas du tout.
On les aime.
On les adore.

Surtout la maman de A. ce soir, devant l’école.
Elle était un peu énervée parce que la maîtresse venait de lui dire que son fils avait raconté aux copains que la mère de Y., elle faisait des « trucs bizarres » à des hommes qu’elle ne connaissait pas. En vrai, il a utilisé des mots un peu, non très très vulgaires, mais je ne vais pas les écrire ici.
La mère de A., quand elle a entendu ça, elle est partie au quart de tour. Pas contre son fils, pas tout de suite, non. Elle a embrayé en nous racontant par le menu, devant l’enfant, tous les détails des fameux « trucs bizarres ». Elle pensait sûrement que si on venait lui parler de ça, c’est qu’on voulait en savoir plus. Pas vraiment. Ceci dit, les autres mamans, devant la grille, ça avait l’air de les intéresser.
Bref, on lui a demandé d’arrêter, on lui a dit qu’on avait compris le principe (à peu près), mais qu’il fallait surtout qu’elle parle à son fils, qu’elle lui explique qu’on ne dit pas ce genre de choses aux copains.
La maman de A. elle a dit « Je peux pas ». Elle « peut pas, parce que si je lui explique, je vais m’énerver et je vais le taper, alors il faut pas. ».

Autre style, autre lexique, autre philosophie : la maman de F.
A 11h45, elle est venue chercher son fils.
Quand il est arrivé, elle lui a demandé de remonter chercher son cartable.
La maîtresse de F. lui a demandé pourquoi, en lui réexpliquant qu’il y avait école cet après-midi.
Avec un aplomb assez impressionnant et le regard légèrement hautain elle a rétorqué « Pas du tout madame, c’est son anniversaire aujourd’hui, il n’est pas question qu’il passe la journée à l’école ». Bouche bée la maîtresse, sa collègue (moi) avec.

Il faudrait peut-être que la maman de F. parle un peu avec la maman de M. Parce que ce soir, quand j’ai remonté le trottoir, je l’ai croisée, assise sur une marche, loin du portail. Il n’y avait pas M. avec elle alors je lui ai demandé si elle l’avait récupéré. Elle m’a répondu qu’il allait à la garderie, qu’elle attendait ici. Je lui ai dit qu’elle pouvait entrer, aller le chercher. Elle a secoué la tête et a dit « 18h30, c’est bien 18h30 ».

La liste est longue et se transforme parfois en poème.
Mais finalement, entre la maman de A., le papa de D., qui fait toujours sauter son fils dans ses bras quand il le récupère, même maintenant qu’il est au CM1, la maman de M., la maman de S., enceinte de son septième enfant, qui a promis à son seul fils qu’elle en ferait un huitième pour que, peut-être, il ait au moins un frère.
Entre toutes ces femmes, tous ces hommes et nous, il y a bien un lien, un truc qui fait qu’on ne peut pas avancer l’un sans l’autre, une sorte de nœud qu’il faut garder serré, tout en sachant parfois le laisser couler.
Ce truc, ce lien, ce nœud, ce sont les enfants, leurs enfants qu’ils nous confient et qu’on essaie, avec eux quand ils l’acceptent, de faire doucement grandir.

Bref, j’enseigne désormais au CP

Dans ma REPpublique à moi, il y a du changement. Enfin, pour moi, et puis un peu pour eux. Enfin, surtout pour moi. Du sacré changement. Ce genre de changement que dès le premier jour, tu te rends compte que c’est du sacré changement.

Quand E. s’est mise à hurler, puis à pleurer, puis à hurler encore, je me disais que c’était à prévoir, qu’ils sont petits, que c’est normal. Quand elle a refusé de lâcher la main de sa maman alors que je leur demandais de monter dans la classe, j’ai commencé à me dire que ce serait peut-être un peu plus différent de ce que j’avais imaginé.

Tout le monde a fini par monter, pas la Maman, heureusement. Ils ont trouvé la classe « crooo bellle », ce qui est faux, elle est vert fluo, c’est un enfer. Ils se sont assis sagement (ou presque) et en observant D. gesticuler sur le banc de manière à la fois frénétique et désordonnée, j’ai respiré un grand coup et me suis répétée, tout aussi frénétiquement : « Ils sont petits, tu vas t’habituer ».

Alors après, il y a eu M. qui a levé le doigt, très déterminé, quand je leur ai demandé si l’un d’entre eux savait quel jour on était. J’ai interrogé M., ravie de cet enthousiasme matinal. Et M., avec un grand sourire, m’a répondu « Mékresse, j’ai pipi pressé kré pressé ». La suite, je vous la donne en mille : ils ont tous, d’un coup, eu « pipi kré pressé. ». La matinée était, de fait, presque terminée.

Entre-temps, il y a eu la récréation. Elles étaient deux ou trois à dandiner sans trop de raison quand je me suis approchée pour voir si elles allaient bien. Il y en a une qui a pris son courage à deux mains et m’a avoué qu’elles n’osaient pas nous demander l’autorisation d’aller faire pipi. « Encoooore ? », n’ai-je pu m’empecher de répondre avant de me reprendre d’un joli et suave « Mais bien sûuuuur » et de terminer ma série de lacets à renouer qui m’attendait juste derrière.

Ils sont revenus cet après-midi. Enfin, pas tous. R. et D. se sont perdus dans les couloirs. Oui, oui, on a fini par les retrouver, mais je crois bien qu’ils ont flippé. On a réussi à faire des ateliers. Quand I. m’a demandé de lui rééxpliquer la consigne du jeu, je lui ai (connement) dit de regarder au tableau où je l’avais (tout aussi connement) écrite. Elle m’a regardée avec un air désemparée, a (presque) failli pleurer, jusqu’à ce que sa copine, L., m’explique assez fermement « On ne sait pas (encore) lire, Mékresse ». Evidemment.

En fin de journée, on a commencé à lire un livre, ensemble. Enfin, je leur ai lu le début d’un livre. Ca parlait de l’Afrique. Alors je leur ai demandé ce que c’était, l’Afrique. R. m’a répondu que c’était un animal, D. un plat et S. un jeu. Je leur ai montré sur la carte, on a regardé des photos sur le Tableau Blanc Interactif et on y a vu des animaux : des « zirafes », des « néléphants », des « tigrrrrrrres », des « zèbes » et même, et même des « cronociroros ». Même que toi, tu ne sais même pas ce que c’est.

Bref, j’enseigne désormais au CP.

Apprendre plus, mieux, et encore

Dans ma REPpublique à moi, comme dans toutes les REPpubliques de France, la rentrée approche. Dingue ce que ce mot inspire. Angoisse et joie. Espoirs et craintes. Mensonges et vérités.

Mais oui, mais oui, les vacances sont finies.
Mais oui, mais oui, les parents sont ravis.
Mais oui, mais oui, les enseignants aussi.

Si si, même qu’on a déjà retrouvé nos copains d’école, ces jours-ci.
C’était un peu vide, l’école, sans eux, mais c’était sympa de se retrouver, de déballer, de découper, de coller, de ranger, de préparer, de prévoir, de recommencer, de discuter, d’en reparler.
De les imaginer, de tout penser pour qu’ils soient contents d’être là, qu’ils aient envie d’y revenir et qu’ils en repartent un peu plus forts, un peu plus heureux, un peu plus riches.

Et eux, alors, en attendant, ils font quoi ?
Ils nous imaginent, eux aussi ?
Ils ont hâte, eux aussi ?

Ils angoissent, peut-être un peu.
Surtout ceux qui vont entrer à la « grande école ».
Les adultes leur en ont parlé tout l’été.
« Le CP ?? Ah mais tu es un grand maintenant ! »
« Le CP ! Ca ne rigole plus là, va falloir s’y mettre ».
« Ta fille entre au CP, je te préviens, tu en as pour une heure de devoirs chaque soir ! »

Mais non, mais non, ne faites pas ça, ne dites pas ça.
Mais non, mais non, l’école ne va pas, tout à coup, devenir triste et difficile.
Mais non, mais non, ils n’ont pas fini de rigoler, de s’amuser, de jouer.

Dites lui qu’il est devenu grand, oui.
Ne lui dites pas que devenir grand, ça veut dire ne plus rire.
Ne lui dites pas qu’entrer à l’école des grands, c’est renoncer à prendre du plaisir.
Dites lui que maintenant qu’il est grand, qu’elle est au CP, elle va pouvoir apprendre encore plus, encore mieux, encore et encore.

Chaque année, chaque rentrée, chaque matin, il y a cette petite phrase qui m’horripile.
Ces quelques mots qui me hérissent le poil, et même le cheveu blanc, avec l’âge. Ils sont tellement faux, tellement insensés, tellement néfastes, même : « Travaille bien ! » et la version du soir, qui arrive parfois avant le bonjour « As-tu bien travaillé ? ».

Non, à l’école, les enfants ne travaillent pas.
Ce sont les enseignants qui travaillent.
A l’école, les enfants jouent, s’amusent et surtout, ils apprennent.
Ils ne travaillent pas « bien » ou « mal ».
Ils apprennent un peu, ou beaucoup, c’est tout.
Et c’est déjà énorme.

Pour cette rentrée, on pourrait faire un truc chouette.
On pourrait juste leur souhaiter, à tous, de s’amuser, de jouer et d’en profiter pour s’enrichir.
Si on leur disait que grâce à l’école, ils seront les plus riches du monde.
Les plus riches d’avoir appris.
Et d’avoir aimé apprendre.

Lettre à S.

Dans ma REPpublique à moi, les vacances ont bien avancé. Encore deux petites semaines et on se retrouvera, tous, un peu inquiets, stressés sans doute. En attendant, on profite encore un peu. On oublie. Et je leur écris.

Salut S.,

J’ai failli commencer cette lettre en te demandant de me pardonner pour le retard. Mais je me dis finalement que toi, tu m’as sans doute déjà oubliée. Et tu as raison. Oublie-moi, oublie-les, oublie-nous, encore quelques semaines, quelques jours.

Oublie donc ces fois où, quand je me promenais dans les rangs pour observer votre travail, vous donner un coup de main si besoin, vous féliciter aussi. Ces fois où, quand je m’approchais de toi, de ton cahier, tu y mettais les deux mains, posées à plat. Tu fermais aussi ton visage, tes yeux, tout.
« Non, maîtresse, j’ai pas fini.
– Ce n’est pas grave S., je venais voir comment tu t’en sortais.
– (Silence). Je n’y arrive pas. »
Et pourtant S., tu savais, tu pouvais, tu aurais du y arriver. Être seule devant ta feuille te paniquait, t’angoissait. Avec la maîtresse debout, juste derrière toi, c’était sans doute bien pire.

Alors moi je voudrais aussi oublier ça. Je voudrais plutôt qu’on se souvienne toutes les deux. Qu’on se souvienne de ce jour où, traînant les pieds, tu es allée jusqu’au tableau. Je te demandais de résoudre, là, devant tout le monde, une multiplication à deux chiffres, seule. J’ai vu cette grimace sur ton joli minois. Et puis je t’ai vue t’appliquer, te concentrer, te déplacer jusqu’aux tables de multiplication affichées un peu plus loin, revenir au tableau, continuer, persévérer, ne pas te laisser perturber par le reste de la classe qui gesticulait, soufflait. Et y arriver. Cette fois-là, et toutes les fois d’après. Oublie le reste, S. et rappelle toi de ça.

Oublie-les aussi, eux, les garçons de la classe. Tes copains, oui je sais. Tes prétendants aussi. Tous, sans exception. Ils étaient tous amoureux de toi. De tes longs cheveux noirs, de ton sourire espiègle et peut-être, aussi, sûrement, de tes compétences en football. Chaque fois, tu étais la seule fille à jouer avec eux, dans la cour. Quand on faisait sport, ils se disputaient tous pour t’avoir dans leur équipe.
Alors oublie tous ces petits papiers interceptés cette année : « Est-ce que tu m’aimes ? », toutes ces conversations, disputes, chamailleries, auxquelles tu ne participais jamais, mais pour lesquelles tu étais concernée.
« Maîtresse, il dit que c’est lui, l’amoureux de S., alors que c’est moi !
– Et S., les garçons, elle en pense quoi ?
– On sait pas. »
Elle en pense qu’elle s’en moque.
Qu’elle veut avoir des copains, c’est tout.

Oublie-nous, S., encore un peu. Profite de Maman, de ta sœur. Je ne te parle pas de Papa parce que je crois que ça ne colle pas trop, entre lui et toi.
« Il s’en fout de moi, quand je vais chez lui maîtresse, il ne me parle même pas, tout le week-end, rien, pas un mot ».
Dis toi que ça changera peut-être, un jour. Peut-être pas.

Oublie tout ça et reviens nous heureuse, reposée, fière et combattante.
Parce que c’est comme ça que tu brilles S.
C’est comme ça que, nous, moi, on ne peut pas t’oublier.

Lettre à D.

Et mes Champions du Monde à moi, alors ? Ils en sont où de leurs vacances ? Ils se reposent, ils révisent, ils se baignent ? Peu importe, ils profitent et ils ont bien raison. Aujourd’hui, c’est à D. que j’écris, mon Hugo Lloris à moi.

Salut D.

Ca va ?
Les vacances sont bonnes ?
J’ai du mal à en douter.
Tu m’as parlé plusieurs fois de ton petit jardin.
Même que Papa, une fois, il a oublié de venir te chercher parce qu’il était en train de « jardiner ». Ca m’a marquée, tu sais, parce qu’il n’y en a pas beaucoup, dans ma REPpublique, des Papa qui jardinent. Parce qu’il y en a peu, des jardins, chez les copains.

Tu sais que j’ai parlé de toi, l’autre jour.
Même que je leur ai dit, à ceux qui lisent par ici, que tu étais mon Hugo Lloris.
Si, si.
Non, rien à voir avec tes qualités de gardien de but. Les autres ne voulaient jamais que tu joues au foot avec eux, dans la cour, « parce que D., maîtresse, il rate tous les ballons ».
Non, mon Hugo Lloris parce que son Papa, à Hugo, il est banquier, comme ta maman.
Parce que Hugo, il avait un jardin aussi, quand il était petit.
Et parce que toi, tu es comme Hugo, tu t’en fous que tes copains ils n’aient pas de jardin et que leur Papa, ils ne soient pas banquiers.

On a passé une chouette année toi et moi D.
Tu te souviens les premières semaines, les premiers mois, quand je t’ai baptisé « ma tortue » ?
Une demie-heure pour écrire la date et la consigne.
On était tous passé à autre chose.
Ca t’a fait rire, un peu, mais pas que.
C’a t’a piqué, surtout.
Alors tu n’as rien dit, mais tu t’es battu.
Comme un Champion du Monde, tu y es arrivé.
Adieu la tortue, voici le lièvre.

Rapide et efficace aussi.
De plus en plus.
« D., relis-toi encore, encadre les verbes, souligne les sujets et tu trouveras tout seul tes erreurs »
Je le disais aux autres, aussi.
Mais toi, tu le faisais, scrupuleusement, rigoureusement.
Et je te voyais sursauter sur ta chaise et dire « Ahhhh ouiiii, là !!!! J’ai trouvé ! »

Bon, il a fallu quelques ajustements D., tu t’en rappelles aussi, je pense.
Parce qu’avec l’autre D. et M., vous étiez tellement copains, que ca dégénérait, des fois.
Les petites bousculades se sont transformés en coups de pied là où ça fait rudement mal, à ce qu’on dit. J’ai bien été obligée d’en parler à tes parents.

Bien oui, parce qu’en plus du jardin, tu as Papa ET Maman.
Ca aussi, il n’y en a pas beaucoup qui peuvent s’en vanter dans ma REPpublique.
Je les ai croisés d’ailleurs, l’autre jour, Papa et Maman.
Main dans la main, ils étaient beaux.

Quand je lui ai rendu le bulletin du deuxième trimestre, Maman m’a dit qu’elle était heureuse que tu sois là, dans cette école, dans cette classe, dans cette REPpublique.
Je lui ai répondu que nous aussi, on était heureux de t’avoir avec nous.

Des petits D., des grands Hugo, on en a besoin, comme des autres.
C’est ensemble que vous êtes beaux.
C’est ensemble que vous êtes vrais.

Champions du Monde, avant les autres !

Ma REPpublique à moi, elle est championne du Monde. De football, ça oui, depuis deux jours, mais de plein d’autres choses aussi : de respect, de diversité, de citoyenneté. Et depuis bien plus longtemps. Et on a même pas eu à battre qui que ce soit, pour en avoir des milliers, d’étoiles sur notre maillot.

Je suis comme vous. Oui, on est en Juillet, je suis dans ma classe, je range, je coupe, je colle, j’affiche, mais je garde un œil sur ce que qui se passe derrière le portail, aussi.
Alors j’ai bien vu qu’on était devenus Champions du Monde. J’en suis fière, comme vous.
J’ai bien vu aussi qu’ils étaient des milliers, des millions à marcher dans les rues, à crier, à applaudir, à danser et à boire.
J’ai bien vu qu’il y avait eu une petite sauterie chez Manu. Oups, pardon, Emmanuel Macron.
J’ai trouvé ça chouette.
Je les ai trouvés beaux, ces Champions du Monde.

Et puis je les ai regardés, tous, un par un.
Et je me suis rendue compte que dans ma REPpublique, ils étaient là aussi.
Oui, j’en ai une moi aussi d’équipe comme celle-là.

Dans ma classe aussi, il y a Kylian Mbappé. Le petit gars métisse, moitié Camerounais, moitié Algérien. Le mien, de Mbappé, c’est mi-Mali/mi-Maroc. Et sa banlieue à lui, c’est pas Bondy, mais ça y ressemble.

Pas loin, deux tables derrière, il y a Hugo Lloris. Oui oui, fils de banquière, comme Hugo. Bon, pas à Monaco et Papa n’est pas avocat, mais musicien. N’empêche que mon gardien de but à moi, il est de la haute aussi, on peut dire.

Et puis mon Lloris, son pote préféré, c’est mon Adil Rami. Quand je les ai vus chahuter sur le perron de l’Elysée hier, j’avais l’impression de voir les miens. Mon Adil à moi, il a le sourire scotché, version banane et jusqu’aux oreilles. Il n’a pas (encore) de moustache alors c’est avec ses cheveux qu’il s’amuse du matin au soir. Sauf quand « Maman, elle m’a mis du gel maîtresse ».

Toujours sur les images de l’Elysée, hier, je voyais Ngolo Kanté, le timide, se faire charrier par les autres. Pardon d’être là, qu’il avait l’air de dire. Lui non plus, il n’est pas radin sur les sourires. Quand je l’ai vu, j’ai pensé à H. Bon, c’est une fille, mais elle est discrète aussi. Un an et demi qu’elle est en France et elle s’excuse encore de déranger.

Ah oui, bien sur que j’ai mon Paul Pogba. Bien sur que j’en ai un, toujours prêt à faire rire et danser les autres, même en pleine séance de grammaire. Toute l’année, il a essayé de m’apprendre cette espèce de danse avec les bras qui passent un coup devant, un coup derrière. Je n’ai jamais réussi. Je dois avoir un problème de coordination.

J’ai un Griezmann aussi, les yeux bleus perçants, le regard toujours rêveur.
Un Varane, un Matuidi, jamais loin d’un Pavard.

Ils y sont tous.
Ils viennent de partout.
Aucun du même endroit.
Ils ne se ressemblent pas.
N’ont pas eu les mêmes chances, au départ.
Et pourtant ils avançent ensemble.

Ma classe, c’est l’Equipe de France, et des étoiles, je leur en accroche tous les jours, sur leur maillot.

Lettre à M.

Dans ma REPpublique à moi, il fait chaud, très chaud. Je crois qu’on y est, en vacances, pour de bon, ou presque. On sue, on se baigne (pour certains), et on s’apprête à vibrer, tous, devant un match de foot. Je sais que M. est de ceux-là. Alors c’est à lui que j’écris, aujourd’hui.

Salut M.

Je ne te demande pas si tu vas bien. Je sais que tu as peur, que tu es heureux, comme nous tous, mais que tu flippes. Je t’imagine chez toi, avec tes deux frères, tourner autour de Maman, comme tu l’as fait toute cette année autour de moi.
« Maman, maman, il commence quand le match, c’est bientôt ? »
« Maîtresse, maîtresse, c’est à quelle heure qu’on fait sport ? »

On a ri tous les deux M., pendant cette année. Mais pas que.
On a pleuré aussi.
J’ai crié, des fois.

Tu veux que je commence par quoi ?

Par les fois où ma patience a débordé. Par ces minutes où je me suis sentie tellement démunie, tellement incapable de t’aider que la colère a pris le dessus sur le reste. Ces moments où j’ai haussé le ton, sans doute un peu trop fort. Sûrement même.

« Dans l’exercice suivant, je vous demande de souligner le verbe dans chaque phrase ».
J’ai expliqué la consigne.
Je l’ai faite reformuler, j’ai même réalisé la première phrase avec vous.
Je savais que tu peinerais alors je me suis approchée de toi et je t’ai montré, avec la deuxième phrase, comment tu pouvais faire. Tu m’as dit « Oui, maîtresse, d’accord maîtresse ».
Alors je suis allée voir les autres. Ils avançaient, à leur rythme, mais ils avançaient.
Et puis je suis revenue vers toi.
Tu n’avais rien souligné.
Le nez en l’air, tu cherchais si un autre regard traînait, avec lequel tu pourrais te marrer, là, tout de suite, un peu.
Je me suis assise près de toi, prête à tout te réexpliquer, une fois de plus.
Tu m’as regardée avec cette bouille que je croquerais et tu m’as dit, si sincèrement, si honnêtement :
« Maîtresse, j’ai pas compris ».
Ca aurait pu, ca aurait du, peut-être, me faire rire.
Si ça avait été la seule fois. Si ça n’avait pas été comme ça chaque semaine, chaque jour, chaque heure.

Alors oui, il m’est arrivé de crier. Je ne sais pas ce que j’imaginais.
Qu’en parlant plus fort, tu comprendrais mieux.
Avec un peu de recul M., tu dois comprendre que ce n’est pas contre toi que je criais. Juste contre mon impuissance, mon sentiment d’inutilité.

On a essayé des choses, toi et moi. Maman aussi, avec nous.
Le RASED, la psychologue scolaire, une demande d’Auxiliaire de Vie Scolaire.
Rien n’a vraiment avancé.
L’AVS a été refusée.

Bon, soyons complètement honnêtes M., tu m’as rendue chèvre quelques fois einh. Toutes ces récréations pendant lesquelles les autres venaient se plaindre d’un coup de pied, d’avoir été poussés, d’une insulte. Toutes ces fois où je te voyais courir dans les escaliers, jeter un papier à travers la classe, dire à E. qu’il était « trop nul » pour jouer au foot avec vous. Toutes ces fois où je te faisais venir à moi et où tu avais le visage si surpris, si loyal, et où tu répétais, un soupçon de larmes dans la voix « Mais, mais, j’ai rien fait moi maîtresse ».

On a pleuré aussi, souviens toi.
Oh, toi bien plus souvent que moi.
De chaudes larmes de caïman à chaque fois que je te demandais de faire signer à Maman les bêtises que tu avais faites dans la journée. Reniflage et bouderie en prime.
De vraies larmes le jour où elle venue chercher ton premier bulletin.
Où je lui ai expliqué que ça partait mal, très mal, que le retard s’accumulait.
Où elle m’a regardée, a soupiré, s’est tournée vers toi et t’a raconté ce qu’elle avait vécu, elle. Combien d’heures elle avait bûché, là-bas, au pays, pour obtenir ce diplôme qui lui avait permis de venir vivre ici.
Où elle t’a dit que tu ne mesurais pas ta chance, que tu ne la respectais pas, finalement.

Et puis on a ri, M..
On a tellement ri, rappelle toi, au mois d’Octobre, je crois.
On travaillait sur les noms communs et les noms propres.
Je venais de récapituler ce qu’on s’était dit.
« Un nom propre commence toujours pas une…. »
Et toute la classe a enchaîné : « Majuuuuuuscuuule ».
Et là, tu as bondi de ta chaise M. et tu as hurlé « ..et se termine par un point ! ».
J’ai du m’asseoir pour ne pas tomber.
Et puis j’ai pouffé.
Et toi aussi.
Je t’ai félicité, quand même, parce que j’étais heureuse que tu associes (enfin) la majuscule et le point. Et puis on a ri, encore un peu.

Et aujourd’hui, tu vas rire encore, M., tu vas applaudir, tu vas être heureux, encore.
Je sais que le football est important pour toi.
Non, essentiel.
Tout le monde dit que tu es très bon.
Regarde le bien ce match M., qui sait, tu y seras peut-être, toi aussi, dans quelques années.
Toi aussi, tu iras la chercher, ton étoile.

Je te le souhaite M..
Honnêtement
Sincèrement.

Lettre à L.

Dans ma REPpublique à moi, les vacances commencent. Pendant que je continue de ranger ma classe, mes élèves (devrais-je dire anciens?) sont peut-être à la plage, peut-être à la maison. En tous cas, ils ne sont plus là. Je n’ai pas eu le temps de tout leur dire et il y a des choses pour lesquelles je n’aurais pas su trouver les mots, alors je le fais ici. Aujourd’hui, c’est le tour de L.

Salut L.,

On ne s’est pas vraiment dit au revoir tous les deux.
Je ne sais pas même pas si on s’est vraiment dit bonjour, finalement.
Cette année a été un peu chaotique, entre nous.
Je crois surtout qu’elle l’a été pour toi.

En classe, tu n’étais jamais vraiment là.
Pas absent, non, ça jamais, ou très rarement.
Présent.
Physiquement.
Mais c’est tout.

Ce n’était pas juste une tête que tu avais en l’air, c’était tout le reste.
J’ai bien essayé d’aller te chercher, là-haut, sur tes nuages, plusieurs fois. Mais tu n’avais pas vraiment envie de venir en bas, j’ai fini, peut-être trop tard, par le comprendre.

Pas que tu ne savais pas faire, loin de là. Juste que ce n’était pas vraiment ce qui te préoccupais.
Parce que les quelques fois où tu es descendu, c’était comme pour me dire : « Regarde, j’ai compris, je sais ce que tu attends de moi, je t’en donne un peu, einh, comme ça après, tu me fous la paix. »

Mais je suis du genre tenace, moi, tu sais L.
Je n’aime pas qu’on m’échappe.
Ou plutôt, je ne voulais pas que tu t’enfuies, que tu gâches tout, juste pour ça.

Juste pour lui, qui est parti, sans toi, sans Maman et sans ta petite sœur.
Juste pour lui, qui t’appelait, des fois, pour te dire qu’il ne reviendrait pas, pas tout de suite.
Juste pour lui, qui n’est pas venu, pendant les fêtes de Noël, comme tu t’y attendais.

Ce n’est pas rien, je sais.
C’est tout, même.
Et plus que ça.
Mais moi, j’aurais voulu que tu oublies, un peu, que tu essaies, au moins.

On en a parlé.
Tu as pleuré, des fois.
Je t’ai dit de me faire confiance, de déposer ta tristesse devant la porte de la classe, juste-là, que je t’autoriserais à la reprendre, en partant, mais que tu devais avancer, pour toi et pour lui, aussi, finalement.

Maman n’a pas tellement su quoi faire, non plus. Un peu perdue, elle aussi.
Coupable, me disait-elle.
Non, je lui répondais.
Et toi, au milieu, tu as peut-être cru que c’était toi, alors.

Et l’année a filé. Comme une flèche. Comme lui. Sans crier gare. Sans prévenir.
Est arrivé le mois de juin.
La fête des pères.

Je vous ai laissé le choix. Vous pouviez faire un cadeau pour Papa, ou pour Tonton, ou pour un grand frère, c’était à vous de décider.
Tu t’es approché de mon bureau, en descendant de ton nuage et tu m’as demandé si tu pouvais en faire deux.
« Un pour Papa et un pour M.
– Pas de problème L., c’est toi qui décides.
– Je t’ai déjà parlé de M., maîtresse ?
– Non.
– C’est le nouveau copain de Maman. Il est gentil. On va déménager, avec lui. Je suis content. »

Tu as souri. Tu es remonté sur ton nuage. J’ai juste eu l’impression qu’il était un peu plus léger, celui-là.

Lettre à K.

Dans ma REPpublique à moi, les vacances approchent. On ne s’enverra pas de cartes postales, on ne s’écrira pas de vraies lettres avec du sable dedans. On va se quitter, quelques semaines. Pendant ce temps-là, c’est ici que je vais leur écrire, à tous, un à un.

Salut K.,

Je vois que tu as déjà entamé tes vacances. Je ne t’en veux pas. Tu n’es pas le seul. Tu m’as dit que tu devais partir un peu plus tôt pour profiter de Maman. Après, elle va commencer son nouveau travail alors tu partiras chez Papi.

Elle m’a envoyé un message l’autre jour, Maman.
Un mail, dans lequel elle me remerciait.
Elle n’aurait pas dû.
C’est moi qui devrait la remercier, c’est toi que je devrais remercier.

Je me souviens, il y a un an tout juste. Quand j’ai écrit ton nom pour la première fois sur la liste de mes futurs élèves. Je me souviens de ce que m’avait dit ma collègue.

« Pas facile, K., tu vas voir, il va te donner du fil à retordre ».

Pas facile, non.
Un peu menteur, parfois.
Un peu espiègle, aussi.

Mais tu as grandi K., je t’ai vu, chaque jour, mûrir, apprendre, te corriger.
Je t’ai vu écarquiller les yeux à chaque fois que tu avais compris ce que je venais tout juste de commencer à expliquer.
J’ai vu ton sourire, quand tu terminais les opérations avant les autres.
J’ai vu ta détermination à te reprendre quand tu repartais de mon bureau avec ta feuille, parfois, rarement, bardée de rouge.

Alors oui, il y a cette fois où tu n’as pas voulu dire que c’était toi qui avait lancé cette boulette de papier dans la classe. Cette fois où tes camarades ont attendu que tu te dénonces. Ils t’accusaient, j’attendais, tu pleurais. Tu suffoquais même. Ah ça oui, quand tu pleures, K., ça se voit et ça s’entend. On a attendu longtemps. Il y avait sport, juste après. Enfin, il y aurait dû y avoir sport. Tu n’as pas eu le courage de te lever et de me dire « Oui, c’est moi, maîtresse, pardon ». Tu as préféré dire que c’était S., et puis que non, c’était Y. Et tu pleurais. Je savais que c’était toi. Et tu savais que je savais que c’était toi. Mais le mensonge était depuis trop longtemps ton armure, ta couverture, ta cachette secrète. Alors tu as cru que tu pourrais, encore, aller t’y réfugier et que tout ça passerait.

Tout ça est passé. Peu à peu. Tu as trouvé un autre refuge, une autre grotte, peut-être. Mais tu n’as plus menti. Je t’ai même vu assumer, une fois, puis deux, puis à chaque fois.
Oh, tu as bien essayé de nuancer, au début.

« Pourquoi tu as pincé S. ?
– Non, mais je ne l’ai pas pincée, c’est que, je me suis approché, j’ai failli tomber, alors que je me suis retenu et je me suis accroché à son bras et…
– K. …. ?
– Oui, maîtresse, pardon. Pardon S., je n’aurais pas du te pincer, je m’excuse ».

Tu te souviens du jour où je t’ai fait les gros yeux à cause de ton cartable ? Tu es arrivé, fier comme un coq, avec ce nouveau cartable que Maman venait de t’acheter. Tu n’osais même pas le faire rouler dans le couloir pour ne pas l’abîmer. Devant la porte de la classe, tu l’as soulevé, pour que tout le monde le voit bien. C’est là que je t’ai fait les gros, très gros yeux.

« Comment tu oses faire ça K. ?
– Quoi maîtresse ? C’est mon nouveau cartable, Maman me l’a acheté hier.
– Tu n’as pas le droit K.
– … ?
– C’est un cartable du PSG. Je ne peux pas tolérer ça dans ma classe. Ici, on supporte l’OM ! »

Toute la classe a éclaté de rire. Toi aussi, tu as souri quand tu as vu que je plaisantais.
Je pensais la blague terminée.
Jusqu’à ce jour de printemps, de longues semaines plus tard, où tu es venu à l’école avec une nouvelle tenue. Tee-shirt, short, casquette. Bleu et blanc. Aux couleurs de l’OM. Tu t’es planté devant moi, le sourire jusqu’aux oreilles.

« C’est pour toi, maîtresse, einh, juste aujourd’hui, pour te faire plaisir. »

Et puis il y a eu Papa. Qui n’était plus là. Puis qui est repassé te voir, à la kermesse. Puis qui est reparti. Puis qui reviendra, tu verras. Ou pas.

Alors voilà K., j’espère que tu passeras de belles vacances. Avec Papi, avec Maman et avec je ne sais qui d’autre. Tu vois, là, tu n’as plus besoin de choisir entre le PSG et l’OM. Ils sont tous ensemble sur le terrain, comme si on y était tous les deux, quoi.

Écrire tout ce qu’on ne s’est pas dit.

Dans ma REPpublique à moi, comme dans toutes les autres, on remplit des livrets. On coche des cases et on commente. Quelques lignes, pas plus, pour résumer quelques mois de vie commune. Et si on en écrivait un peu plus ?

« C’est bien, continue comme ça ! »
« Accroche-toi, tu es capable de faire encore mieux, je le sais ! »
« Il va falloir redoubler de travail pour que le CM1 se passe bien… »

Qu’elles sont courtes, qu’elles sont moches, qu’elles sont impersonnelles ces petites formules qu’on essaie, tant bien que mal, de contourner, mais sur lesquelles on retombe, invariablement, chaque fin d’année, quand il s’agit de remplir cette case si courte, si moche et si impersonnelle intitulée « Appréciation de fin d’année ».

Elles nous arrangent bien, aussi, ces formules et j’avoue que certaines d’entre elles m’ont permis d’économiser un peu de temps et d’énergie, ces derniers jours.

Oui mais.

Quand je les écrivais, j’imaginais les yeux de H., en train de les découvrir, elle qui les attendait si impatiemment. Je voyais M. espérer, croire que j’avais, peut-être, mis quelques mots d’encouragement malgré cette année que la déontologie m’empêche d’appeler catastrophique. J’ai entendu Y., aussi, demander à Maman de lui relire, encore, surtout le passage ou il y a écrit « quel progrès ! ».

Et je m’en suis voulue. Je me suis dit que ça ne suffisait pas, que je leur devais plus, bien plus. Que ces quelques mots si formels, si empruntés, si attendus ne pouvaient pas, jamais, résumer et graver dans le marbre dix mois d’échanges, de discussions.
Dix mois de vie commune.
Parce que dix mois, dans la vie d’un enfant de huit ans, ça vaut plus, beaucoup plus que quatre lignes et des formules toutes faites sur une feuille de papier.

Parce qu’en dix mois, il s’est passé bien autre chose que « mobiliser le vocabulaire récemment appris pour le réinvestir dans un texte ». Il y a eu tellement d’autres moments que celui où on a « résolu des problèmes impliquant les quatre opérations ».

Alors je me suis dit que j’allais leur écrire.
Longuement.
Sans formule.

Je ne pense pas qu’ils me liront, puisque je leur écrirai ici.
Mais ça sera dit.
Les grandes vacances approchent, on va se quitter, eux et moi.
S’oublier, peut-être, un peu.
Se retrouver, différents.
Alors je leur écrirai, un à un, ici, pour me souvenir, pour mesurer ce petit bout de chemin qu’on a fait ensemble.

J’écrirai sans doute à L. qu’il m’a échappé, que je n’ai pas réussi à l’attraper et qu’il m’en veut sûrement, que je le sais et que je le comprends..
J’écrirai ensuite à F. que j’ai adoré la rencontrer, la comprendre, la connaître. Que j’ai aimé la voir apprendre, grandir, comprendre, aider, aimer et s’aimer.
J’écrirai aussi longuement à M., je lui parlerai de nos discussions, pas toujours tendres, pas souvent calmes. Je lui dirai que je lui souhaite le meilleur, qu’un jour, peut-être, il se dira que j’avais raison. Peut-être pas.

Je vais leur écrire quelques mots à tous.
Chacun son tour.
Chaque semaine, si je m’y tiens.

Et vous qui les lirez, peut-être, vous apprendrez à les connaître aussi.
Parce que s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est qu’ils méritent, tous, sans exception, que vous les connaissiez, que tout le monde les connaisse.